La mise-en-scène du regard du spectateur

Dans l'exemple qui suit tiré de Citizen Kane, la lumière et l'obscurité agissent comme des jalons visuels : Orson Welles met en lumière ce qui est important et laisse dans l'ombre ce qui l'est moins

Des journalistes qui assistaient à la projection d'un film d'actualités retraçant la vie de Kane, débattent entre eux une fois celle-ci terminée. Cette scène expose la question centrale du film: que signifie "rosebud" (bouton de rose) qui est le dernier mot prononcé par Kane?

Nous nous attendons à ce qu'à la fin de cette projection film, l'écran vide devienne sans intérêt pour les journalistes qui maintenant prennent le relais de l'histoire. Mais c'est le contraire qui se passe : les journalistes sont laissés dans l'obscurité, et l'écran vierge et blanc reste dans la lumière.

Cette inversion signale que c'est I'énigme du "bouton de rose" qui est le point focal de l'intrigue, et non tel ou tel journaliste qui cherche à l'élucider. Ne distinguant pas les visages, le spectateur est également poussé inconsciemment à apporter une plus grande attention au dialogue, dont la répétition souligne l'importance. L'état des connaissances des journalistes est symbolisé par l'écran blanc. Le public sait qu'il se trouve au début de l'enquête, et qu'à la fin du film l'écran donnera la réponse.

L'ombre et la lumière permettent au spectateur de savoir sur quoi se concentrer et diriger son regard.