Et maintenant décadrons !

On peut aussi transgresser ces différentes règles pour surprendre le regard du spectateur : par exemple avec un angle décadré (aussi appelé: dutch-angle).

Un angle décadré, surtout lorsqu’il est utilisé avec parcimonie, permet de transmettre une impression de danger imminent. Il donne littéralement l’impression que les choses, comme l’image, vont de travers. Appliqué à un personnage, il peut également donner l’impression que celui-ci est déséquilibré. C’est un cadre qui parle de lui-même !

Angles de vue et relief !

Faites plonger votre caméra, évitez la platitude. Sur un écran, par essence en 2D seulement, l'impression de relief est apportée par la position relative des éléments du premier plan par rapport à ceux situés en arrière-plan. Instinctivement, nous estimons cette position en fonction de l'échelle de grandeur que nous accordons à chacun d'eux. Il en résulte que lorsque le décor ne propose aucun repère d'échelle, l'oeil ne peut aller au-delà du premier plan (où se trouve généralement le sujet principal), car il bute sur une sorte de «mur» visuel en fond. Cela peut être voulu (choix d'une longue focale, par exemple), mais en conséquence l'image est plate et son intérêt limité au seul sujet du premier plan. Pour, au contraire, créer ou renforcer la sensation de profondeur, il suffit souvent de jouer sur les réglages ou la position du camescope et d'agencer différemment les éléments dans le cadre.

Sachez exploiter le décor
Selon sa composition, le décor dans lequel évolue le sujet peut amplifier la sensation de relief ou au contraire l'annuler. Ce plan au grand-angle (ci-dessous) sur ce couple allongé sur le sable se révèle plat et dénué de relief. Son intérêt visuel est limité, car le point de vue est situé perpendiculairement à l'eau en décor de fond. Il suffit de se déplacer avec le camescope de 90° sur le côté (image de droite) pour que le regard ne s'arrête plus simplement sur le couple, mais glisse ensuite aisément vers le fond de l'image en suivant le bord de l'eau et rencontre la ligne d'arbres de l'arrière-plan. La lecture de l'image devient alors bien plus riche en offrant davantage de points d'intérêt au spectateur.

Lorsque le décor s'y prête, la plongée s'avère très efficace pour produire une sensation de relief. Imaginons, par exemple, un personnage se trouvant à l'aplomb d'un gouffre, sur le rebord d'une corniche d'immeuble, d'un parapet de pont, suspendu sous un engin volant (ULM ou parapente), etc. En choisissant une vue en plongée juste au-dessus de lui, vous élargirez la perspective sur le décor se trouvant au-dessous de ses pieds. Lorsque l'effet de profondeur est bien rendu, cela peut aller jusqu'à produire un sentiment de vertige.

Dirigez judicieusement le regard
Vous avez créé de la profondeur dans vos images grâce aux techniques décrites précédemment. Maintenant, vous souhaitez attirer l'attention sur cette fameuse troisième dimension, parce que s'y trouve un personnage, un objet ou un élément crucial pour l'action ou la compréhension de la scène. Sachant que le spectateur va naturellement poser son regard sur le sujet le plus significatif dans le cadre et le suivre des yeux s'il se déplace, voici des astuces pour diriger l'oeil plus efficacement sur cette zone particulière. Par la posture statique du sujet, par un «défaut» volontaire du premier plan Dérangé par une zone peu nette, peu colorée ou sombre, l'oeil se reporte instinctivement vers la portion qui est la plus «facile» à regarder pour lui. Afin de provoquer ce décentrage sur la partie à valoriser, par exemple l'arrière-plan d'un paysage, vous pouvez opter pour le flou volontaire au premier plan. Le regard ira en conséquence immédiatement se placer sur la zone d'image la plus nette, située ici à l'arrière-plan. Mais l'effet peut s'avérer tout aussi efficace avec une zone foncée unie et plate à l'avant opposée à une autre claire et contrastée derrière, une couleur délavée à l'avant-plan et une autre bien saturée en fond, etc. Même un personnage statique à l'écran peut attirer le regard du spectateur sur un point précis dans l'image. C'est la façon de cadrer qui détermine les lignes de force utiles pour cela. Ici, la jeune femme assise sur ce tas de bois semble méditer et observer un élément hors champ. Grâce au cadrage en légère contre-plongée et au décentrage, l'oeil va porter son attention sur ses chaussures rouges et se décaler ensuite vers la droite sur l'arbre au loin (selon nos habitudes occidentales de lecture). Ici aussi, bien que de très petite taille dans le cadre, ce dernier élément devient à son tour un sujet fort dans la composition de l'image.

Par la gestuelle dynamique du sujet
L'angle de trois quarts arrière a été choisi ici afin de placer dans cette séquence les deux enfants dans un axe en diagonale dans l'image. Les gestes de l'enfant au premier plan, dirigés vers l'avant, vont immanquablement attirer le regard vers la fillette située au fond de l'image. Bien que sa taille soit nettement plus réduite dans le cadre, elle n'en bénéficie alors pas moins d'un rôle psychologiquement aussi important que le petit garçon au premier plan.Tirez profit de ce que l'environnement met naturellement à votre disposition pour conduire le regard avec précision. Les lignes les plus efficaces sont celles qui sont situées dans la diagonale de l'image et convergent vers l'horizon. Pour ce plan en bord de mer, le cadrage exploite la rambarde de ce ponton en bois afin d'en faire une ligne directrice qui attire l'oeil et accompagne véritablement le couple dans sa promenade. Même dans le plan rapproché qui s'ensuit, cette ligne de force est conservée.

Ayez la focale sélective
Le choix de la focale est déterminant pour la sensation de relief. Sachant que le téléobjectif écrase les perspectives et «aplatit» l'image, privilégiez les focales moyennes ou larges (grand-angle) qui allongent les lignes de fuite. De plus le grand-angle permet souvent d'inclure un ou plusieurs éléments utiles pour suggérer l'échelle ou les distances, comme ici les vélos au premier plan. Avec un zoom arrière, vous pouvez alors passer, sans que l'angle de point de vue n'ait changé ni que les sujets aient bougé, d'un plan serré «plat» (ci-dessous) à un plan large (plus bas), bien plus riche en effet de profondeur.

«Truquez» l'image pour apporter du relief
Vos sujets évoluent dans un environnement dénudé dépourvu d'avant-plan significatif et vous ne souhaitez pas changer de point de vue ? Créez alors de toutes pièces un avant-plan en exploitant un élément quelconque lié à ces sujets. Il vous suffit de le placer «innocemment» juste devant l'objectif de la caméra : un simple sac de randonnée et une paire de chaussures permettent de suggérer la profondeur d’une plage. En garnissant ainsi le devant de la scène, le cadre est également plus dynamique et mieux équilibré.

Jouez sur la contre-plongée
Modifier l'angle de prise de vues dans le sens vertical permet d'ouvrir l'espace vers une dimension qui serait autrement invisible avec un cadrage en angle neutre (de face à hauteur d'homme). Une forte contre-plongée peut ainsi créer un bel effet de profondeur. Celui-ci peut être suggéré simplement par le ciel, mais sachez profiter aussi de tout élément important se trouvant derrière le sujet (arbre, immeuble, panneau, réverbère...) susceptible d'offrir un repère d'échelle. Ainsi, vous renforcerez l'impact du sujet en donnant l'illusion qu'il est plus grand et plus fort qu'en réalité.

Echelonnez les sujets en profondeur
Si votre séquence comporte deux sujets au moins (humains, animaux ou objets significatifs), vous pouvez les «mettre en scène» afin de mieux restituer la sensation de profondeur. Dans un premier temps, plutôt que de les cadrer de face alignés sur un même plan, essayez un point de vue sur le côté qui va les étager l'un derrière l'autre par rapport à l'objectif de la caméra. Mais, selon l'environnement, il peut parfois se révéler plus efficace de déplacer les sujets eux-mêmes afin de ne pas changer de point de vue. Par exemple, pour conserver dans le cadre un intéressant décor en fond.