"Etre raccord" : c'est la continuité narrative !

Certains aspects de cette continuité sont évidents, comme les vêtements portés par un personnage. Si un personnage change de chemise d’un plan sur l’autre alors qu’il n’y aucune ellipse entre les plans dans le récit lui-même, c'est une discontinuité évidente.

Cette gestion de la continuité peut devenir très complexe dès lors que l’on a affaire à quelque chose qui évolue rapidement dans le temps, plus rapidement que le temps nécessaire pour tourner l’ensemble des plans constituant une séquence. Exemples:

Un changement de météo et le sol est brusquement mouillé alors qu’il était sec dans le plan précédent. Ou vice versa.

Un changement de lumière. Deux plans montés en continu ont été tournés à des moments différents de la journée. La lumière matinale est bien différente de celle de la fin d’après-midi.

Une cigarette à peine entamée ressemble déjà à un mégot dans le plan suivant.

Un verre presque vide dans la main d’un des personnages se remplit comme par magie d’un plan sur l’autre.

Ces faux raccords sont des grands classiques et relèvent du burlesque.

Pour éviter ces problèmes de raccord, il convient de prêter une attention toute particulière à la position des personnages. Il ne s’agit plus ici de leur position dans le cadre, mais plus des détails de leur posture elle-même. En fait, le moindre changement dans une posture d’un plan sur l’autre peut engendrer un problème de raccord et au moment du montage, il est trop tard !

Un bras replié dans un plan et déplié dans l’autre, une tête inclinée à droite puis inclinée à gauche, une cigarette aux lèvres puis dans la main, etc. Tous ces petits détails peuvent empêcher la juxtaposition de deux plans de fonctionner de manière crédible. Comme il est très difficile pour le réalisateur et le cadreur de se concentrer sur tous ces petits détails, ce rôle est dévolu à la scripte. Mais sur des tournages en toute petite équipe, cette dernière est bien souvent absente.

Encore plus subtil que les raccords entre les postures, les raccords entre les regards. D’une manière générale, tant que le sujet et l’objet regardé sont présents dans le même plan, il n’y a pas de problème. Par contre dès que le sujet ou l’objet regardé sont en dehors du cadre cela devient plus compliqué. Il faut alors régler avec précision la direction du regard du comédien. Comme en plus, l’objet ou la personne que le comédien est censé regarder, n’est souvent pas du tout présent sur le plateau, il faut pouvoir lui donner un repère visuel précis.

Même dans le cas d’une simple scène de dialogue entre deux personnages, il faut être très vigilant sur la direction du regard. Celle-ci doit être établie par rapport au cadre, et donc par rapport à la caméra, et non par rapport à ce qui pourrait être la réalité. Car dans les faits, la caméra est souvent placée, plus haut ou plus bas, plus à gauche ou plus à droite que la personne dont elle a pris la place. Hormis pour un effet intentionnel de caméra subjective, il faut généralement éviter que le comédien regarde directement dans l’objectif. Cela interpelle le spectateur et trahit le plus souvent la présence de la caméra.

Notre exemple illustre un cas typique lors du tournage d’une scène de dialogue. Tant que les deux personnages apparaissent dans le plan, les directions de regard sont forcément bonnes. Mais sur le dernier plan, dans lequel notre héroïne est seule au cadre, l’axe de la caméra est correcte, mais la direction du regard est erronée. La comédienne devrait regarder vers le bord droit du cadre.

Enfin, il faut faire attention aux raccords dans les dialogues. Les problèmes surviennent généralement lorsque les dialogues ne sont pas repris avec exactitude entre chaque prise ou entre chaque plan. Si par exemple deux mots sont inversés d’un plan sur un autre, vous vous privez déjà de la possibilité de réaliser une coupe entre ces deux mots.