#1 - Tourner et monter une interview

Sébastien François

1 - Avec un journaliste et un cadreur

2 - Avec un journaliste-cadreur et une seule caméra

3 - Avec des images d'illustration

4 - Avec des écrans de coupe

Briefing préalable de la personne interviewée

Conseils de montage

Non, vous n'aurez pas toujours sous la main un interviewé qui assène la phrase en 30 secondes. Non, vous ne pourrez pas toujours tourner en multicaméra pour simple montage. Alors, pour couper facilement une interview et la rendre dynamique, vous devez utiliser quelques " ficelles ", au tournage comme au montage

A moins de disposer des confidences d'Alfred Sirven sur l'affaire Elf, vous serez presque toujours obligé de couper une interview. Eliminer les séquences inutiles sans choquer le spectateur par des raccords malheureux, voilà une opération délicate. Comment éviter les trop classiques plans de coupe sur les mains de l'interviewé ? Deux stratégies cohabitent.

La première consiste à changer les angles de prise de vues comme si vous disposiez de plusieurs caméras. En variant les cadrages, vous donnez l'illusion qu'il n'y a aucune interruption entre les morceaux que vous aurez choisis. Avec une seule caméra, vous devrez donc tricher pour parvenir à ce résultat. Autre technique : employer la coupe pure et simple par des écrans ou blancs et autres légers fondus : l'effet recherché est différent puisque vous prévenez clairement votre public que l'interview est coupée. Mais vous ne pouvez pas en abuser.

1 - Avec un journaliste et un cadreur

Tournez d'abord les questions en plan large afin d'en faire des plans de coupe.

Tournez ensuite les réponses : il ne vous reste plus qu'à alterner les plans pour couper l'interview.

Avez-vous décidé d'intégrer les questions du journaliste dans votre film ou préférez-vous lancer le sujet comme dans un journal télévisé? L'utilisation des questions vous offre un joker inespéré, puisque vous pouvez les enregistrer avant (ou après) afin qu'elles constituent une banque de plans de coupe. Commencez par vous placer en plan large afin de cadrer l'intervieweur et son sujet. Il s'agit en fait d'un plan de situation pour bien montrer au spectateur les deux intervenants ensemble. Enregistrez ensuite toutes les questions en demandant à l'interviewé de ne pas y répondre. Vous pouvez varier les cadres sur le journaliste en serrant les plans. Enfin, placez votre camescope derrière l'intervieweur et recommencez l'interview en condition réelle. Cette fois-ci, vous allez vous concentrer sur les réponses du sujet en le cadrant de trois-quart face.

Vous disposerez donc de deux séries de plans qu'il vous suffira d'alterner au montage. Juste après l'interview, vous pouvez aussi dérusher rapidement afin d'enregistrer de fausses relances du journaliste. Elles vous permettront notamment de couper une réponse trop longue. Bien sûr, ne changez pas de lieu pour effectuer ces opérations.

Retour

2 - Avec un journaliste-cadreur et une seule caméra

Si vous êtes seul et pressé, changez le cadrage d'une question à l'autre ou même en cours d'interview. Attention vos plans doivent être bien distincts. Cela facilitera votre montage, et rendra votre film plus dynamique.

Si vous avez décidé de vous passer des questions ou si vous êtes seul à interviewer et filmer comme un Journaliste Reporter d'Images (JRI), vous devrez employer une autre technique. Elle consiste à changer le cadrage en cours de route. Placez-vous à une distance suffisante pour tourner en plan américain. Au besoin, faites tenir le micro par l'interviewé lui-même. Commencez l'entretien et jouez sur la commande de zoom de votre camescope, afin d'alterner le cadrage entre gros plans, plans de taille et plans américains. Vous pouvez aussi vous décaler de quelques pas afin de changer votre angle de prise de vues. Ces images seront plus faciles à monter puisqu'elles utilisent des cadrages différents.

Retour

3 - Avec des images d'illustration

Si vous avez la chance que votre interview décrive une situation que vous pouvez filmer, vous tenez là un dernier joker. Le principe est simple. Il s'agit de filmer les situations dont parle votre sujet. Imaginons que vous réalisiez l'interview d'un chef de travaux. Dans un premier temps, vous allez tourner l'entretien de manière classique, si possible sur le lieu des travaux. Ensuite, il vous suffit de filmer les images du chantier dont parle votre intervenant.

De cette manière, vous pourrez illustrer les propos par vos séquences et tirer deux avantages de cette situation. Premièrement, le public aura une vision des informations données.

Deuxièmement, vous aurez la possibilité de tailler à loisir dans le son de l'interview puisque vous n'aurez pas à vous soucier de l'image de votre sujet : ce type de montage s'apparente à du montage radio. Attention cependant, la personne que vous interrogez doit rester le sujet principal et ne pas être écrasée par l'habillage. Faites-la intervenir en début et en fin de séquence, au minimum.

D'autre part, prenez garde à ne pas mélanger des images d'intérieur et d'extérieur. En effet, votre sujet doit être "en situation " sous peine de perdre vos spectateurs au milieu de séquences hors contexte.

Retour

4 - Avec des écrans de coupe

Si vous êtes coincé faute d'avoir pu employer une des techniques que nous venons de décrire, vous devrez recourir (avec modération) aux écrans de coupe. Il s'agit en fait de panneaux noirs (Canal +) ou blancs (France 2). Ces écrans informent vos spectateurs que vous avez coupé l'interview. Cette technique est tolérable une ou deux fois par interview, mais pas plus. Si vous en abusez, vous risquez de fatiguer votre public et de décrédibiliser votre sujet. Pour insérer ces panneaux, il vous suffit de créer sous votre logiciel de retouche d'image, un cliché au format vidéo (720 x 576 pixels) de couleur uniforme. Au montage, faites courir ce plan sur deux ou trois images maximum entre les deux séquences à raccorder. Faites en sorte que la bande-son d'ambiance coure le long de ce microplan afin d'éliminer le " silence ".

Retour

Briefing préalable de la personne interviewée

Comme vos interviewés ne sont pas tous des pros de la vidéo, vous devrez les préparer à l'exercice. Si vous avez opté pour un montage sans questions, demandez-leur de reprendre les éléments de votre interrogation dans leur réponse. Exemple : " Monsieur Tartempion, que pensez-vous de l'état des routes en Ardèche ? " Réponse : " L'état des routes en Ardèche s'est beaucoup amélioré... ". Le sujet aurait pu répondre tout simplement : " Il s'améliore... ", ce qui aurait rendu votre montage très délicat. De même, si le sujet a du mal à synthétiser une réponse, n'hésitez pas à recommencer : il vaut mieux prendre du temps pour obtenir des réponses courtes et efficaces que de se retrouver avec une interview impossible à monter. Engagez aussi votre interlocuteur à faire en sorte que ses phrases ne restent pas en l'air. Cela vous facilitera beaucoup la tâche lors du montage. Enfin, ne posez que des questions ouvertes : c'est-à-dire des questions qui amènent d'autres réponses qu'un oui ou un non.

Retour

Conseils de montage

Monter un entretien revient à monter un film dans le film. Quelle que soit la technique que vous décidez d'employer, l'exercice de l'interview reste très contraignant au montage. En effet, vous ne pourrez pas tailler les réponses à volonté! N'oubliez jamais que votre interlocuteur est l'acteur principal de l'entrevue. Le public doit le voir et l'écouter qu'il soit interrompu par dix coupes successives. Vous ne pouvez donc pas hacher une réponse par deux écrans noirs (ou blancs) en moins de 30 secondes. De plus, l'attention des spectateurs est volatile. A moins que votre sujet soit vraiment passionnant, vous devrez rester en dessous du seuil fatidique de 45 secondes pour une réponse sans relance.

Retour

#2 - Réussir un entretien/interview

Gérard Gales

1 - Petite typologie des entretiens

2 - La « mise en scène » de l'entretien

3 - La mise en images de l'entretien

4 - Mise en sons de l'entretien

5 - Quelques règles de journalisme reportage d'images...

L'entretien épouse bien des formes mais il vise toujours à recueillir une opinion, obtenir un récit, brosser un portrait. Dans tous les cas, l'entretien requiert une approche technique mais aussi psychologique de l'individu.

Parmi tous les moyens d'informations existants, l'entretien (ou interview en franglais) reste l'enfant chéri des journalistes. Mais tous savent que sa réussite ne se cantonne pas à la réalisation d'une belle image et d'un bon son. Elle repose aussi et surtout sur des techniques éprouvées dans l'art de poser des questions, l'entretien est une véritable alchimie qui passe par une approche technique et psychologique particulièrement adaptée à chaque sujet. Nous étudions ici la structure de l'entretien de terrain, dont il est possible de tirer des méthodes simples et efficaces utilisables par tous.

En théorie n'importe quel caméscope peut faire l'affaire, mais pour minimiser les contraintes techniques et pouvoir se concentrer pleinement sur l'entretien lui-même, on privilégie les modèles offrant de bons automatismes tout en permettant des débrayages aisés, possédant une prise pour micro extérieur et casque (sur le boîtier et non sur socle), ainsi qu'un réglage manuel du son. Un objectif grand angle et une distance mini de netteté la plus réduite possible sont des plus. Selon la configuration, tournage en solo ou en équipe, on se charge ou non d'un pied, d'un éclairage portatif sur batterie et d'une perche son. Mais on n'oublie jamais de prendre un micro supplémentaire et sa rallonge (plus une de rechange), un casque, des batteries et des cassettes en nombre suffisant, du papier et un stylo.

Une équipe complète (idéale) de tournage d'interview pour la télévision se compose d'un cadreur (souvent J.R.I. lui-même : journaliste reporter d'image), d'un sondier (prise de son), d'un éclairagiste (ou à défaut d'une minette fixée sur le camescope du cadreur) et d'un journaliste présentateur pour les commentaires. C'est ce dernier qui choisit au final les images et les sons gardés au montage et décide de l'angle sous lequel le sujet sera présenté.

1 - Petite typologie des entretiens

Entretien-récit: c'est un acteur de l'événement qui parle. Par exemple un secouriste qui interrompt son travail quelques secondes pour expliquer les faits tandis que l'action se déroule en arrière plan. Pour exemple, le récit d'un sauvetage de spéléologues coincés dans une grotte. Autre exemple, un vétéran G.I. américain qui raconte aujourd'hui quelle était la tactique adoptée par son commando à l'époque du débarquement en Normandie.

Entretien-témoignage: le journaliste n'a pu assister ni contacter aucun acteur de l'événement. Il fait donc appel à une personne qui a été à la périphérie des faits ou en a été la spectatrice. C'est le concierge ou le passant qui, alerté par du bruit, a assisté à un hold-up et raconte ce qu'il a vu. Bien qu'il permette de reconstituer les faits, le témoignage est souvent empreint de subjectivité. Il est donc plus prudent, pour un journaliste soucieux de vérité, d'en recueillir plusieurs et de les confronter en bout-à-bout.

Entretien-opinion: c'est le type même du débat politique ou social. L'interviewé émet un avis tranché sur une situation vécue ou observée. II juge et parfois condamne en fonction de son interprétation personnelle. L'exemple typique est, lors d'un procès, l'avocat qui expose volontiers les faits devant la caméra, mais toujours au seul profit de son client !II est donc nécessaire de donner une parole égale à toute partie susceptible d'apporter un avis opposé. Quotidiennement présent dans les reportages de nos journaux télévisés, ce type d'interview ne respecte mal-heureusement pas toujours une parfaite équité en la matière.

Entretien-démonstration: lorsque le sujet est très spécialisé ou technique, on fait appel à un expert en la matière qui va aider à vulgariser les notions auprès des téléspectateurs. Par exemple pour expliquer le mécanisme du système solaire ou démontrer l'efficacité d'un nouveau médicament. Ce qui n'empêche pas une certaine subjectivité de la part du spécialiste que le journaliste se doit de déjouer, par des questions elles-mêmes très techniques ou par l'intervention correctrice d'une tierce personne, experte elle aussi dans ce domaine.

Entretien-portrait: dans ce cas-là l'interviewé représente un sujet en soi qui se détache nettement d'un événement, même si ce dernier l'a mis sous les feux de l'actualité. Ainsi un auteur qui vient de gagner un prix littéraire est interrogé le trophée à la main, non pas sur le déroulement de la remise du prix mais sur son œuvre et ses qualités propres. C'est un style très courant en reportage-documentaire ou sur un plateau TV, mais que regrettablement certains "journaliste " et beaucoup " d'invité " cultivent avec complaisance.

Retour

2 - La « mise en scène » de l'entretien

Plutôt que de plaquer son sujet sur un fond impersonnel, il est beaucoup plus explicite de le situer dans le champ de son discours.

Le souci premier du journaliste est de choisir soigneusement, aussi bien techniquement qu'esthétiquement, le décor dans lequel son entretien va se dérouler. Celui-ci doit être conforme au domaine abordé, en rapport direct avec le sujet. Il ne doit être ni trop fouillis, ce qui le rendrait illisible, voire incompréhensible, ni trop présent et détaillé, ce qui attirerait le regard et l'oreille du spectateur au détriment de l'entretien lui-même. De même l'environnement sonore doit être raisonnablement ambiant sans pour autant bruyant, au risque de rendre inaudible les paroles de l'interviewé. L'idéal est que le décor apporte une information visuelle et/ou sonore complémentaire au discours tenu sur le sujet (pour le confirmer ou l'infirmer, peu importe). Choisir de préférence un lieu fréquenté par la personne interrogée, qu'elle connaît bien et où elle se sent en confiance. Pour de l'info, c'est bien sûr le lieu même de l'événement qui s'avère idéal. Ensuite on la positionne dans ce décor, de façon à ce qu'elle s'en détache visuellement tout en paraissant logiquement baigner dans cet élément. Enfin on lui demande d'adopter une attitude statique mais corporellement détendue ou bien on profite d'une activité habituelle en rapport avec le sujet pour induire un effet plus dynamique. Le degré zéro en la matière est malheureusement trop fréquent à la télévision : il n'est pas rare d'installer l'interview au sein même de la rédaction d'une chaîne; le sujet est alors " collé ", faute de mieux, devant les appareils d'une régie vidéo.

Retour

3 - La mise en images de l'entretien

Pour plus de stabilité, l'interview se réalise généralement sur pied, notamment lors de longs plans fixes, mais aussi pour que la technique puisse s'oublier totalement au profit du contenu. Cependant on a rarement le temps de s'installer confortablement lorsque l'entretien se réalise sur le vif, particulièrement lors d'un événement dramatique. C'est là que le cadreur se doit de trouver le bon cadrage en une fraction de seconde puis rester stable, cette dernière contrainte étant de plus en plus relayée par le stabilisateur interne. Ceci dit, il est parfois inévitable, par exemple lors d'une manif, de réaliser l'entretien en déplacement, ce qui complique la tâche du cadreur. Ce dernier doit alors filmer en travelling arrière et marcher au même rythme que les protagonistes ou bien se faire porter par un véhicule à vitesse stabilisée, le tout sans cadrage cahotant évidemment ! Afin de ne pas risquer de perdre une partie du commentaire en coupant pour changer de cadrage, on utilise de préférence le zoom pour obtenir une variété de plans tout en réalisant un plan séquence de l'entretien complet.

Voici quelques règles de cadrage pour une mise en images efficace. L'image doit « respirer » du côté où regarde l'interviewé et son visage se trouver sur un des points de force déterminé par la règle des tiers. On évite le regard direct centré sur l'objectif, qui rompt les conventions de l'information en passant par-dessus le journaliste, médiateur indispensable et seul reconnu habilité à s'adresser directement au téléspectateur. Certains hommes politiques ont cru bon d'y recourir, mais c'est une erreur dans la mesure où le spectateur identifie le plus souvent ce comportement à du prosélytisme par une intrusion dérangeante dans son statut de voyeur « objectif ». On demande donc à l'interviewé de regarder en permanence le cadreur ou le journaliste situé hors champ près du caméscope. On le cadre ensuite à droite ou à gauche de l'image; de façon à ce qu'il y ait de l'air devant lui, dans le sens de son regard. Cette direction doit être conservée du début à la fin et ne doit s'inverser à aucun moment entre deux plans raccordés « cut » sur une même personne. Le changement ne peut se justifier que par un mouvement de tête visible durant l'entretien, procédé qu'utilisent abondamrnent les journalistes en alternant regard caméra (pour présenter, compléter ou conclure le sujet) et regard vers l'interviewé pendant l'entretien.

Pour la distance caméra-sujet, même si toutes les possibilités sont admises, la plus classique se situe dans la fourchette 1 à 3m, qui équilibre la présence de la personne dans le cadre à une valeur moyenne de l'ordre du plan moyen à un plan rapproché.

Retour

4 - Mise en sons de l'entretien

Le son est d'une importance capitale car c'est lui qui véhicule l'information principale : la voix de l'interviewé. Règle absolue en la matière : l'intelligibilité des paroles ! Les éléments clés d'une prise de son parfaite passent par une rigueur humaine sans faille et une qualité du matériel audio irréprochable. Et s'il y a un semblant de budget pour le tournage, ne lésinez pas sur l'embauche d'un sondier confirmé (ingénieur du son-perchiste) et l'achat ou location de matériel audio pro. En effet lorsque cela est possible la configuration en équipe avec un preneur de son est plus sûre et performante, ce dernier pouvant ainsi s'éloigner du cadreur pour aller pêcher la voix au plus près en se positionnant librement. Il est souvent équipé d'une mixette permettant de mélanger, contrôler et régler plusieurs micros (mono ou stéréo) en même temps. Un équipement haut de gamme en H.F. facilite encore plus le travail en ôtant le traditionnel « fil à la patte ». En extérieur prévoyez aussi toujours une bonnette antivent, celle à poils longs étant la plus efficace. Complétez avec un bon casque d'écoute réglé à volume constant et vissé en permanence sur la tête.

Une bonne mise en sons c'est d'abord le choix des micros.

Avec du vent fort, 2 bonnettes superposées valent mieux qu'une !

Bien que le micro intégré d'origine soit souvent d'une qualité honorable, il convient mal à l'interview - il est impossible de le placer indépendamment du camescope. De plus il possède une directivité assez large, parfois mème multidirectionnelle, qui capte tous les bruits périphériques. En tournage, la performance d'un micro additionnel est particulièrement cruciale puisque c'est lui seul, posé sur le caméscope ou au moins bien tenu à la main, qui va ramasser les dialogues.

Bannissez l'omnidirectionnel, qui n'est intéressant qu'en studio où l'on peut maîtriser les bruits environnants, et préférez un (hyper) cardioïde qui ne prend le son que dans un angle précis sur l'avant. Fixé sur le camescope, le micro est de préférence à électret (tubulaire, à piles) pour une sensibilité maxi-male et une directivité étroite. Celui qui est tenu à la main est souvent de type dynamique (conique, sans piles) pour moins capter les bruits de manipulation et offrir une directivité plus large. Mais il doit alors se trouver très proche de la source sonore (environ 15 cm de la bouche) pour être efficace. A contrario, trop près des lèvres, les lettres p,b et t s'entendent comme autant de petits « pops » qui réduisent la compréhension. Pour parer à toute éventualité, les pros utilisent souvent des micros à têtes interchangeables, dont l'inconvénient (pour l'amateur) est d'exiger une alimentation phantom 48V, rarement assurée par un camescope grand-public.

Il existe ensuite plusieurs configurations sonores:

JRI TENANT LE MICRO : Le JRI TV est de plus en plus souvent un homme orchestre qui cadre, éclaire si nécessaire, tient le micro et pose les questions. Si cette technique se justifie pleinement pour une chaîne d'info où mobilité, rapidité et efficacité sont de rigueur, elle implique que le JRI maîtrise parfaitement tous les paramètres, ce qui n'est pas forcément le cas d'un amateur. De plus la longueur du bras tenant le micro limite le cadre à des plans rapprochés dangereusement situés à la limite minimum de netteté du caméscope.

JRI AVEC MICRO SUR CAMERA : Technique passe-partout en solo : fixer sur la griffe porte accessoire du camescope un micro hyper cardioïde qui « vise » mieux que le micro intégré à la bouche de l'interviewé, et que personne ne peut s'accaparer ! Mais s'il capte généralement bien une voix éloignée, par contre celle du cadreur, se trouvant hors du « champ » sonore lors des questions, est sou-vent trop faiblement perçue et doit être forcée.

JRI CONFIANT LE MICRO : Solution plus facile techniquement mais plus risquée "journalistiquement": on donne le micro à l'invité, à condition qu'il soit capable de le conserver à distance constante de sa bouche (repère moyen : une largeur de main pouce tendu). Les questions sont posées à l'avance, non enregistrées en direct mais rajoutées au montage si nécessaire. Le cadre peut ainsi être plus large ou lointain. Mais attention ! Le piège est de se voir « dépossédé » du micro par un bavard impénitent !

JRI AVEC 2 MICROS : Formule plus sophistiquée mais permettant plus de clarté sonore : 1 micro mono sur le camescope (ou cravate, H.F.) dirigé vers le cadreur (questions) et 1 micro mono (à main, cravate ou H.F.) pour les réponses de la personne. Les 2 étant reliés à l'entrée micro stéréo par un adaptateur. Mais l'inconvénient est identique à celui du schéma (c) (se voir déposséder du micro) !

VIDÉASTE SEUL AVEC 1 MICRO À MAIN, MONO OU STEREO : Configuration simplifiée avec caméra sur pied : Les personnes filmées sont proches et le camescope est en plan fixe. On contrôle le son discrètement avec une oreillette invisible. L'intervieweur est tenu de " balancer " le micro entre lui (questions) et l'autre (réponses) pour optimiser l'angle de sensibilité mais il reste ainsi le seul " maître " de l'interview.

EQUIPE DE 2 : JOURNALISTE ET CADREUR AVEC 2 MICROS MONO, À MAIN OU CRAVATE Configuration plus complexe mais plus confortable : la distance des micros peut être réglée à l'avance selon l'intensité de chaque voix. Le cadreur peut panoramiquer ou zoomer pour varier les cadrages et contrôler le son en même temps. Mais là aussi il faut être capable d'inter-rompre tout bavardage de l'invité...

Retour

5 - Quelques règles de journalisme reportage d'images...

Le questionneur doit rester le seul maître du jeu tout au long de l'entretien, celui qui est capable de faire taire les bavards et parler les muets, qui doit être exigeant et offensif plutôt que complaisant. Essayer d'être clair.

Etre un médiateur neutre, connaître bien son sujet, cadrer le propos tout en animant, mais qui se doit précis et concret dans la façon de poser les questions. Toujours se fixer comme but d'obtenir également des réponses claires et précises sur le sujet posé. Ne jamais laisser une question sans réponse, la reformuler autrement en cas de refus ou de langue de bois. Mais être capable de dévier du cours prévu si une réponse apporte un éclairage nouveau sur le sujet. Savoir aussi relancer ou recentrer l'entretien lorsque l'interviewé dévie hors sujet. Un journaliste n'est pas là pour disserter sur le sujet ou répondre à la place de la personne interrogée. Par conséquent éviter les questions dirigées qui incluent déjà une réponse, du style : ne pensez-vous pas que..., n'était-il pas inévitable de...? En utilisant plutôt: que pensez-vous de..., pouvait-on éviter...? Au final une des plus belles récompenses qu'un journaliste puisse recevoir est de parvenir à donner la parole à ceux qui n'en avaient jamais bénéficié tout en obtenant des réponses pertinentes !

Voici quelques astuces pour habiller et monter un entretien filmé

Etant donné que l'on garde rarement tout un entretien au montage, une astuce consiste à zoomer (serrer ou élargir) pendant les questions afin de pouvoir coller ensuite en cut et sans saute visuelle les meilleures réponses. Au pire on peut filmer a posteriori le journaliste seul, placé en contre-champ et posant les questions. Ces plans là vont ensuite s'insérer facilement entre deux plans de réponses se raccordant mal. Autres solutions : le classique fondu enchaîné ou le volet, mais qui fait quelque peu artificiel. La mode actuelle à la télévision est plutôt d'insérer un plan rapide noir ou blanc (quelques images) qui flashe le regard du spectateur et provoque un effet d'obturateur photo. Dans le même but de faciliter les raccords, mais aussi pour dynamiser l'entretien au montage, il est bon de tourner le plus possible d'images d'illustrations et de sons d'ambiances qui vont enrichir, animer et éclairer les propos de l'interviewé. Le bon réflexe est de se mettre à la recherche, dès la fin de l'entretien, de tout ce qui peut être en rapport avec le sujet et intéresser le spectateur. On note sur un petit carnet tous les points importants et on coche au fur et à mesure que c'est tourné.

Retour

Menu racine