La séquence par épisodes

La séquence par épisodes est constituée d'une série de plans brefs, séparés par des ellipses et unifiés par une bande-son ou de la musique continue. Cette construction narrative spécifique permet d'exprimer le temps qui passe.

Un exemple en est donné dans Citizen Kane d'Orson Welles, qui recèle plusieurs de ce type de séquences. Elles sont presque toutes construites de façon identique, et montrent la désagrégation de la relation de Kane avec ses femmes successives.

Chaque séquence par épisodes se déroule dans un endroit unique, et montre le couple engagé dans une activité commune. Dans la première, le couple est assis autour d'une table, au petit déjeuner. La seconde prend place dans un immense salon. Les deux séquences nous ramènent au même lieu et à la même activité. Il n'y a aucun plan de coupe pour introduire des lieux ou des personnages différents. Le spectateur est ainsi témoin de l'évolution de la relation alors que le lieu et l'activité restent identiques. Cette désagrégation en miroir traduit l'incapacité de Kane à maintenir une relation de couple : comme si les femmes changeaient, alors que la désagrégation restait une constante.


L'extrait proposé ici relate la séquence dans laquelle la relation avec Susan, la seconde femme de Kane, se désagrège. Au cours de cette scène, Kane et Susan se disputent pendant que Susan fait un puzzle. Quand nous arrivons à la fin de la séquence, des années plus tard, le couple se dispute toujours et Susan fait encore un puzzle. En deux minutes, nous avons une idée de la durée de leur mésentente et de son intensification au cours des années.

Le scénario (extrait du scénario)met en scène l'assemblage des pièces du puzzle pour évoquer le temps qui passe. Le choix de ce jeu nous rappelle de façon subtile que Kane est une énigme autant pour Susan que pour les journalistes. Comme si Kane lui-même était une suite de puzzles sans fin ; dès que l'un d'eux est terminé, un autre se présente.

Cette séquence par épisodes traduit l'évolution du personnage dans le temps qui passe. L'emploi répétitif de cette construction narrative permet au spectateur de faire des comparaisons