Ralenti et durée distendue

Le ralenti

Inconsciemment, nous nous attendons toujours à ce que le temps s'écoule comme nous le vivons. Le changement d'un supposé cours naturel de la durée permet donc d'ouvrir des voies narratives intéressantes.

Le ralenti est connu depuis les débuts du cinéma. C'est un effet qui s'obtient en faisant défiler la pellicule à travers la fenêtre de prise de vue à une cadence supérieure à la cadence habituelle du cinéma, qui est de 24 images par seconde. Intercalé entre deux séquences rythmé normalement, le trait essentiel de cet effet est de faire contraste avec le cours réel du temps. Il suggère visuellement deux états de conscience. Dans l'exemple ci-dessous, tiré d'Orange Mécanique le ralenti sert à marquer la frontière entre le monde extérieur ultra-violent et le monde intérieur du narrateur qui, entendant une musique de Beethoven, comprend le sens de sa vengeance.

La ralenti est utilisé pour montrer la façon dont le personnage voit le monde quand il vit un événement traumatique. Lorsque cet effet est couplé avec un plan subjectif, le spectateur entre plus facilement en osmose avec le personnage.

La durée distendue

L'exploitation du ralenti, sous la forme d'une durée distendue (par exemple dans Barton Fink des frères Ethan et Joel Cohen) permet, dans un contexte angoissant, d'extérioriser l'anxiété d'un héros mis en contact avec un environnement inconnu. Ce procédé technique permet de faire sentir que le monde est incohérent ou qu'il se déconstruit. L'absence de dialogue augmente la pression en mettant le spectateur dans l'expectative. Le procédé doit donner à penser que l'altération du temps pourrait n'être qu'une projection de l'anxiété du héros.