Le montage par assemblage

Le terme "montage par assemblage" a été utilisé par Alfred Hitchcock pour désigner la forme de montage de la scène de la douche dans Psychose. L'assemblage signifie la construction d'une séquence par la réunion de plans différents pris dans un lieu unique. La séquence finale, qui apparaît comme une sorte de mosaïque de plans, produit une impression plus forte sur le spectateur.

Lors d'un entretien pour la télévision canadienne, en 1969, Alfred Hitchcock présente le montage comme une sorte de rupture . Dans Psychose, Hitchcock différencie intentionnellement les deux crimes du film par ses choix opposés de montage.

Dans la scène de la douche, le but d'Hitchcock est de nous frapper de stupeur en nous montrant le déroulement d'un meurtre extrêmement brutal. Au moyen d'une succession rapide de plans (soixante-dix-huit en quarante-cinq secondes), il nous fait passer derrière le rideau de douche, l'intérieur de la cabine, en nous donnant le point de vue subjectif du meurtrier. Un peu comme si Hitchcock exagérait les coupes du montage, pour accentuer le parallèlisme avec les coups portés à la victime.


Le second meurtre est tourné et monté de façon complétement différente. Le but recherché, cette fois, n'est pas de nous montrer la brutalité du meurtrier, mais de nous faire vivre l'attente angoissée du meurtre qui se prépare. C'est une scène pleine d'incertitudes, où notre attention est portée sur les deux minutes qui précédent le meurtre. Dans cette séquence, les plans sont plus longs. Une fois que le spectateur et la victime prennent conscience que le meurtre va avoir lieu, la scène est terminée. Quoique le déroulement de ces deux meurtres soit identique, le montage produit deux sentiments complétement différents. Par la manière d'ordonner les plans, le montage influence les sentiments du spectateur et oriente ses émotions. Telle est la valeur dramaturgique de cette approche de montage.

L'extrait du scénario proposé montre comment on peut faire un montage extrêmement stylisé sans rompre le suspense.