Le temps dramaturgique

Temps du film

Tout film est un morceau de vie. Et en tant que tel, est soumis au temps. Avec un début, une acmé, une fin.

Les plans mis bout à bout dans l'opération du montage et leur mise en ordre chronologique - ou au contraire selon un ordre non-chronologique - donnent à l'enchaînement des séquences une temporalité. Et de fait la durée du récit ne peut pas matériellement avoir la même valeur que celle que nous vivons.

La durée de l'action n'égale pas celle de la séquence : les séquences une fois montées, condensent ou au contraire dilatent, accélèrent ou ralentissent, reviennent sur le cours des événements ou les anticipent. Comme un auteur de roman, le réalisateur ne retient que les instants-clés qui participent à la progression dramatique du récit.

Le traitement du temps qui passe se prête à de nombreuses métaphores. Telle celle qui suit et qui déroule toute l'enfance d'Amélie Poulain, à travers un simple ours en peluche.

Effets de temps

A l'intérieur d'une séquence, la durée peut être modifiée : contractée ou dilatée.

Ainsi aujourd'hui, un spectateur est habitué à cette convention qui touche aux modifications de temps : un personnage passe la porte d'un l'immeuble, la caméra le suit jusqu'à l'ascenceur, puis le spectateur voit le personnage derrière un bureau. C'est un raccourci qui fonctionne parfaitement en ellipse temporelle avec tout un chacun - mais derrière lequel il y a beaucoup de présupposés culturels notamment de savoir ce qu'est un ascenceur, un immeuble, un bureau.

A l'inverse, le montage peut dilater un événement en multipliant les plans d'insert. Ou en ralentissant le mouvement réel, pour en rallonger fictivement le temps dans lequel l'action s'inscrit.

Ces procédés - contraction et dilatation - sont devenus des standards qui donnent sa souplesse à la narration cinématographique.

Mais il a d'autres techniques, notamment le flash-back, ou son antonyme : le flash-forward. Ces deux procédés sont datés (années 50) et vieillots. L'utilisation d'un flash-back fort en intro du film, le film expliquant ensuite comment on en est arrivé là, est possible. Attention à ne pas multiplier cet/ces effet/s, l'entrelacement continuel de différentes scènes qui interrompent temporellement l'action dramatique en cours est plus difficile à tenir. Le flash-back en plein milieu de film casse le plus souvent le suspense.

Limites du temps

Par la voix de son narrateur (l'usage du « je » intra-diégétique, c'est à dire un récit à la première personne du singulier: « Call me Ishmaël... » Hermann Melville – Moby Dick) un romancier peut faire partager à son lecteur les réflexions d'un personnage sur son passé ou ses rêves d'avenir. Tout au long de l'histoire, des flash-back ou des flash-forward peuvent rappeler des dialogues ou anticiper les actions à venir.

II sera très difficile au réalisateur d'exploiter continuellement ces procédés, à moins qu'il n'emprunte au romancier la voix de son narrateur ou qu'il ne fasse usage de dialogues explicatifs. D'une manière générale, il est perturbant de rompre une action en cours pour évoquer une action qui a déjà eu lieu ou encore à venir, et ce procédé peut désorienter de nombreux spectateurs.

En comparant un roman qui a été adapté au cinéma avec le scénario qui en a été adapté, on remarque souvent que la plupart des entrelacements temporels de l'histoire, ont disparu dans le film. Le narrateur en est souvent absent et il n'y a plus de référence au passé et au futur. Ces différentes façons d'utiliser le temps pour raconter la même histoire sont quelque chose d'extrêmement surprenant. La comparaison d'un roman avec sa version scénarisée permettra rapidement de comprendre la manière dont romanciers et scénaristes utilisent différents procédés narratifs pour rendre le temps.