Le plan en plongée

Lorsque l'axe optique de l'objectif est incliné vers le bas, on parle de plan en plongée. Les sujets filmés ainsi paraissent petits et vulnérables.

Dans Citizen Kane, Thompson, un des journalistes de Rawlston, rend visite à Susan dans le bar où elle chante. Mais le spectateur n'accompagne pas Thomson en passant la porte d'entrée avec lui : la caméra glisse doucement sur le toit et plonge à travers la lucarne quelques minutes avant l'arrivée du journaliste. Cela nous donne l'occasion de partager un moment particulier. Grâce au point de vue en plongée, nous voyons une petite silhouette recro­quevillée à une table, la tête posée sur ses bras ; ce personnage, qui semble faible et désespéré, nous touche. Du plan en plongée, nous raccordons à un plan en intérieur qui poursuit le mouvement descendant jusqu'à la table où Susan est assise. Thompson entre alors et s'assied à côté d'elle. Tous deux sont présents à l'écran dans un plan en amorce où Susan se trouve face à la caméra. Elle domine le cadre, ses gestes et ses paroles traduisent la puissance que lui confère le plan.

Quelle est la valeur dramaturgique de ce type de plan? Le contraste induit par la succession du plan en plongée et du plan en amorce nous donne un double aperçu de la personnalité de Susan : une vue intime, qui laisse percevoir sa vulnérabilité, et une vue extérieure où elle paraît dure, cassante et pleine d'amertume. Il est intéressant de voir comment on passe de la sympathie du plan en plongée au plan suivant, où Susan aboie sur le journaliste : nous comprenons maintenant aisément pourquoi.


Citizen Kane (7947)
Scénario : Herman J. Mankiewicz et Orson Welles.
EXT. CABARET MINABLE - " EL RANCHO " - ATLANTIC CITY - NUIT - 1940 Maquette- (pluie)
La première image est une enseigne :
"EL RANCHO
SPECTACLE DE VARIÉTÉS SUSAN ALEXANDER KANE DEUX FOIS PAR MOIS "
Ces mots en lettres de néon brillent dans l'obscurité dès l'ouverture du fondu au noir. Puis un éclair fait apparaître le toit sordide auquel l'enseigne est accrochée. Un nouveau coup de tonnerre, et nous entendons des échos de la musique du cabaret. Une lumière brille à travers une lucarne. La caméra avance et se rapproche de la lucarne. À travers les flaques de pluie, en nous penchant par la lucarne, nous voyons l'intérieur du cabaret. Juste en dessous de nous, assise à une table, se tient la silhouette isolée d'une femme qui boit toute seule.