Ethique de l'apaisement

Comment en suis-je arrivé à pourrir là-bas en Bosnie? A me détacher de toutes sortes de vieilles idées? J’avais fait une rencontre étrange un soir dans le métro parisien. Un clochard, tout nauséabond, rompu de fatigue et accablé de misère était venu s’asseoir en face de moi. Une phrase que j’avais lue peu avant dans les Upanishads me revint à l’esprit et j’en pris connaissance, intensément, au plus profond de moi. C’était soudain bien plus que quelques mots, c’était une vérité neuve à laquelle j’accédais, que je faisais mienne. Rien à voir avec quelque chose que l’on récite pour s’en persuader. Je regardais et humais le vieux bonhomme assis là. " Tu es cela... " me disait ma petite voix intérieure. " Tu es ceux-là... " entendais-je.

Les âmes occidentales, et parmi celles-ci la mienne, sont lyophilisées par tant de sécheresse individualiste que lorsqu’elles rentrent en contact avec la plus petite gouttelette de spiritualité, les voici qui revivent, gonflent et grandissent. Je veux me situer désormais par-delà le bien et le mal, dans la compassion. La compassion correspond à une nécessité universelle et à l’apaisement. L’apaisement dont il s’agit ici est celui de la souffrance de l’être.