Solidarité contre libéralisme: libre gamberge!

La rupture avec la " société de rentiers doublée d’une société d’assistés "dans laquelle nous nous enfonçons, que nous renforçons un peu plus chaque jour, ne peut se faire que sur un mode épistémologique. Il faut ce moment de lumière, cet éclair, qui nous montre, comme à Christophe Colomb, la façon faire tenir droit l’oeuf frais pondu. Ce n’est qu’après que l’on peut partir à la découverte des Amériques ou engager les réformes.

Réfléchir sur le non-travail: il faut remplacer le chômage en tant qu’inactivité forcée, accessoirement gâchis économique et social, par l’oisiveté, qui une inactivité acceptée, voulue, non-pénalisante ni socialement ni économiquement. Ce retournement de la valeur " travail " en valeur " repos " ne peut se faire qu’au travers de la mise en place d’un revenu universel de subsistance.

Repenser le capital: l’asservissement à l’argent nait lorsque celui-ci remplace toute religion, quand il n’y a plus de citoyens ou des personnes, mais seulement des clients et des prospects, des producteurs et des consommateurs, des usagers et des services publics. Remplacer partout où cela est possible l’argent par des unités de troc, du type Système d’Echanges Locaux. Rendre à l’argent sa fonction d’échange, hors la plus petite spéculation: les seuls revenus boursiers aujourd’hui ne sont plus des dividendes distribués mais des plus-values faites sur des achats-reventes de titres.

Il est légitime aujourd’hui de s’interroger sur la neutralité morale de l’économique, et sur l’éthique du profit. Le monde économique n’est ni immoral, ni amoral, il n’a qu’une morale d’efficacité, de maximisation du profit et de minimisation des pertes. Le profit est le seul indicateur de succès et d’efficacité de l’entité productrice de biens ou de services marchands. Le profit est maximisé lorsque les ressources, y compris le travail salarié, sont bien gérées, ou exploitées. Le profit peut être court si la qualité du produit ou le respect des hommes ne sont pas les priorités. Le profit peut être long en cas contraire si par exemple la recherche scientifique est privilégiée. Selon la concurrence il sera monopolistique ou non. S’il est monopolistique il n’est plus que la preuve d’un rapport de forces purement physique de domination. Le profit est aussi une ressource distribuable et partageable. Aux clients, pour les entreprises coopératives, aux salariés par la participation, aux actionnaires, ce qui est de moins en moins souvent le cas (l’actionnaire ne pouvant espérer qu’une plus-value du titre dans le meilleur des cas...) Le fond du problème est un problème de répartition du sur-profit, valeur ajoutée ou plus value, selon votre point de vue.

Imaginer différemment l’échange, notamment l’échange international, comme un don/contre-don et pas comme une appropriation sauvage. Ne pas refuser la mondialisation: alors que 3% seulement des richesses produites par les pays riches font l’objet d’échanges avec le Tiers Monde, il y a cette peur que les délocalisations et la concurrence d’une main d’oeuvre à bas prix (notamment les enfants) ne fassent basculer les sociétés occidentales dans la régression. Cette peur est absurde: le capitalisme est certes en mutation interne, tant techniquement que financièrement. En particulier sous l’action des technologies de l’information, avec leurs conséquences sur les savoirs et les savoir-faire. Mais la mondialisation est un faux problème. Le vrai problème est celui de la précarisation de l’emploi qui touche tous les secteurs, y compris les moins exposés à la concurrence internationale comme le secteur public.

Repenser les doctrines: le capitalisme dernier système social survivant à l’échelle mondiale est désormais seul responsable de l’avenir du monde. Contrairement à tous les systèmes économiques ou politiques qui l’ont précédé, l’économie est autonome c’est-à-dire ne s’articule ni au religieux, ni à l’Etat, ni au militaire (ou seulement de manière marginale ou en tendant à les dominer) ce qui fait de l’économie la sphère de pouvoir dominante, c’est-à-dire celle d’où viendra la catastrophe.

Mais ce capitalisme libéral, comme le socialisme qui vient de s’effondrer, mène à l’impasse (sur-exploitation de ressources non-renouvelables notamment énergétiques, stérilisation des forces productives par sur-manipulation financière, ruptures culturelles et principalement religieuses, etc) et donc mène à une régénération violente. Nous voyons un Tiers-Monde asservi auquel nos recettes libérales frustres ont été appliquées cyniquement au plus grand profit des pays riches, sans autre succès qu’un sur-endettement, sur-exploitation, sur-approvisionnement. Et donc il se préparerait un exode vers la richesse, l’occupation violente de territoires riches et de nouvelles bastilles mondiales

Ce que voudraient nous faire gober les libéraux c’est que le capitalisme, par sa propension à se diffuser par hiérarchisation (centre/périphérie) et par conglomération de formes (archaïques/modernes) d’exploitation, sans nécessairement en passer par la violence institutionnelle (liberté des échanges, spécialisation sur le modèle d’Adam Smith, clause de la nation la plus favorisée) que donc le capitalisme est le seul à pouvoir réconcilier entreprise individuelle (le petit cireur de chaussures des rues de Bombay ou de Mexico) avec la firme monopolistique (Mégalo Bill, et son OS de crotte) à travers une même idéologie et un même fondement théorique, à savoir un système parfaitement auto-régulé pour le bien-être du plus grand nombre, mais bien sûr pas nécessairement de tous, le système le mieux adapté et le plus adaptatif, en un mot: le meilleur à l’exception de tous les autres. L’anti-modèle soviétique ou socialiste, en tant que système sur-militarisé, dictatorial et anti-démocratique, refusant la monnaie et prônant le troc, est à l’image de Sparte, tandis que les Etats Unis seraient à celle d’Athènes. Au même titre que Sparte, l’URSS est un vieux dinosaure qui mérite juste d’être rejeté aux poubelles de l’Histoire. Mais bientôt le modèle de Papy Ford aussi!

Rêver d’une autre éthique: la liberté d’entreprendre peut-elle justifier les abus de biens sociaux -car c’est bien l’argument entendu lorsqu’un patron est jeté en prison- l’efficacité économique et la mondialisation excusent-elles les licenciements massifs? La vérité est qu’à l’éthique s’est substituée le cynisme de quelques tricheurs qui croient que le citoyen n’est qu’un client versatile et pusillanime. Le mépris paie.

L’analyse économique a depuis longtemps évacué le sens (c’est-à-dire jeté le bébé avec l’eau du bain...) puisqu’elle met sur un même plan prédation et exploitation, valorisation et criminalisation, en théorisant par exemple sur " l’économie de la drogue " dans les banlieues, ou sur " l’économie de guerre ". En mettant sur un même plan comptable des faits de sens différents, à la fois sens économique et sens éthique.

Repenser la solidarité sociale. Apprendre la solidarité de l’Afrique, refuser l’escalade matérialiste ou l’exigence de consommation: recycler, s’insérer, s’entraider, conserver les traditions locales. et enrichir ces valeurs comportementales de la modernité apprivoisée, repensée, digérée. Le plus sûr indice de pauvreté devrait être les ventes de boîtes de pâtés pour chien ou de corned bif, et non pas les taux de croissance ou autres indices P.N.U.D. La qualité de vie ne rentre dans aucun indice. Donner à ceux qui ont faim, donner aux réfugiés, et oublier de nourrir son Tamagoshi. Un rien de décence, quoi...

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