Sens et puissance, la crise du pouvoir.

Il y a une vaste imposture qu’il faut dénoncer: les grandes Nations, au premier rang desquelles les Etats-Unis et les Européens, sont de plus en plus puissantes militairement et sont de moins en moins fortes moralement. Il y a un évident divorce de la puissance et de la force, par absence d’une doctrine commune d’usage de cette force, hormis quelques cas exceptionnels tels que la guerre contre l’Irak. La puissance seule d’un Etat ne crée plus de légitimité propre. La puissance doit désormais se faire homologuer par un ordre moral supérieur à l’Etat (O.T.A.N, O.N.U, etc.). Encore cette puissance ne s’exerce-t-elle que pour faire valoir une morale de boutiquier, par exemple la sauvegarde des approvisionnements occidentaux en pétrole. Entre temps, certaines zones de la planète redeviennent terrae incognitae, où règne en permanence la loi du plus fort permanente.

En outre le pouvoir économique mondial s’est mis au service de la finance, alors que l’inverse était encore la règle il y a quelques années. La finance privilégie la liquidité et décourage absolument l’investissement long terme, le seul qui soit créateur d’emplois. La finance a peur de la croissance, souvent inflationniste. Elle lui préfère la spéculation. De plus elle oriente ses ressources vers les pays émergents représentant un bon risque, les déficits publics forcément solvables ou les très grandes entreprises ignorantes du coût social de leurs décisions économiques. L’argent est devenu rare et cher et il ne va plus à la croissance ou à la production de richesses, mais au profit immédiat et à la spéculation. Le monde n’est plus fait que de rentiers qui spéculent sur les marchés internationaux et les assistés qui eux n’ont pas accès ou ne sont pas aptes à jouer sur ces marchés. Entre ces deux extrêmes, il existait des classes moyennes dont il faut bien se dire aujourd’hui qu’elles sont progressivement menacées de disparition. Mais on trouve bien encore quelques Europtimistes pour croire que l’économique ou le juridique, en tant que facteurs d’intégration supra-étatiques, sont des facteurs d’ordre. Illusion absolue. Ils sont d’abord facteurs de complexité et comme tels puissamment chaotiques et inévitablement catastrophiques.

La crise de l’Etat vient de la perte de son monopole d’action sur les mouvements de capitaux et du diktat économique des multinationales. Une des réformes primordiales du pouvoir politique serait de restaurer l’Etat dans son rôle de régulateur économique, par exemple en l’autorisant de taxer la hot-moné. Au lieu de quoi, certains organismes internationaux, tel que l’OCDE et le traité avorté de l'A.M.I, visent au contraire à l’affaiblir plus encore.