Le Xylophoniste des Seins

tiré de: Seins de: Ramon Gomez de la Serna


Portrait d'une femme offrant ses seins Tintoret 1570 Huile sur toile, 61 x 55 cm Museo del Prado, Madrid



Cet homme subtil et soucieux avait toujours rêvé de découvrir la tonalité des seins, leur polyphonie.
"Parce qu’ils en ont une, pensait-il, ils en ont une. Chaque sein a une nuance musicale. Le tout est de la trouver."
Dans les cabinets particuliers, les femmes demeuraient impressionnées lorsqu’il tirait de la poche intérieure de sa redingote un petit marteau dont il frappait leurs seins. On eût dit le dentiste lorsqu’il donne de petits coups sur la dentition du patient, ou le médecin qui ausculte ou examine par un procédé nouveau.
"Ce qu’il faut perfectionner, c’est le marteau... Les seins ont leur note parfaite, mais il est très difficile de l’en faire sortir. Ce qu’il faut perfectionner, c’est le marteau."
Et il perfectionna le marteau, grâce à quoi, un jour, il put assembler les notes les plus délicieuses pour un concert idéal.
Il disposait en rang les femmes aux seins différents, depuis les seins aigus, criards, frivoles et retroussés comme les cornes des petits chevreaux, jusqu’aux seins opulents, tombants, graves qui donnaient la basse ; parfois, il était inutile de faire sonner le sein droit ou le gauche car ils donnaient une note étrangère à la gamme dont faisaient partie les femmes. Le marteau se gardait bien de frapper ce sein atonal.
Elle avait quelque chose de fantastique, la silhouette du grand et extraordinaire xylophoniste devant ces seins soumis, qui s’offraient avec une endurance sincère comme si les plus émouvantes de leurs notes étaient directement sorties du coeur. Parfois, lorsque le morceau était long et violent, une certaine douleur se dessinait chez la femme au sein le plus sollicité, le gauche ou le droit, qui tenait la note la plus haute et la plus souvent répétée de la partition.