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En route vers l'hyper-bonheur !
Quel superbonheur que le supermarché !
Vous rentrez dans ce qui
ressemble à un grand entrepôt clinquant et trop éclairé. Il y a des baffles qui crache
une étrange musak, de la vraie soupe. Ca sent un mélange de vieux panard et de
désinfectant-violette. Vous croisez le regard des gens. Ils sont tous là, radieux: c'est
sa-me-di-soir ! Pour le week-end, ils ont emmené Raymonde au supermarché.
Seulement voila: le Conotron vient vous briser ce rêve en vous proposant un instant de
sens critique.
En France, la grande distribution est représentée par 5 centrales
d'achats, qui contrôlent 90 % des biens de grande consommation. Ces centrales d'achats
desservent plus de 5000 grandes surfaces (superficie de 400 à 2500 m²) et plus de 1200
hyperssurfaces (au-delà de 2500 m² soit au total 7 millions de mètres carrés): la
France est indubitablement le pays de l'hyper bonheur consumériste.
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 "Ah!
que je me marre de voir tous ces cons manger de la merde..."
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Prison à vie pour tous les animaux de ferme
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Effets sur l'agriculture: Les centrales d'achat,
à elles cinq, sont en situation d'oligopole et fixent les prix, aussi bien auprès de
leurs fournisseurs qu'auprès de leurs clients. La baisse des coûts de production dictée
par cette situation oblige l'agriculture à être de plus en plus productiviste,
intensive, polluante et concentrée. Pourquoi 200 000
exploitations ont-elles disparues ces cinq dernières années en
France? Pourquoi les éleveurs ont-ils utilisé des "farines
animales" (dites tout simplement comme moi: des charognes)?
Pourquoi les poulets étaient-ils nourris aux boues de stations
d'épuration d'eau, c'est-à-dire à la merde, plutôt qu'au
grain? Tout simplement afin de comprimer les
coûts pour fournir les rayons des grands surfaces. Mais sans réduire les marges de ces messieurs des
centrales d'achat: le kilo de tomates hors-sol et hors-saison,
lesquelles ont poussé dans du sérum, est acheté 0.30 euro au
producteur. Il est revendu 1,20 euro au consommateur. Et tout les prix
sont à l'avenant. Coeff' 4: qui dit mieux?
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Effets macro-économiques: La plupart des produits
sont référencés chez une, voire chez deux centrales d'achat. Rarement plus. La
fragilité du débouché et le diktat sur les prix d'achat par les centrales font que les
producteurs les plus avisés délocalisent leur appareil de production tant qu'il est
encore temps. Entraînant, en France, désindustrialisation, donc chomâge et désertification de
régions entières. Les petits commerçants de l'alimentation ont progressivement
disparus. Les boulangers disparaissent (ou se mettent à faire de la merde eux aussi)
faute de label que la grande distribution et/ou l'Europe leur a interdit de faire-valoir.
Les bouchers, les charcutiers et bien d'autres disparaissent. Et qui est désormais le
premier bijoutier bas de gamme en France? Jean-Edouard et ses horribles
"Manèges à bijoux". Qui est le premier armateur de pêche français?
Intermarché et sa flotille de plus de 40 chalutiers. La concentration verticale se fait
à tout va!
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Un des horribles manèges à neu-neu |
Après avoir assassiné leurs fournisseurs, les oligopoles de la
grande distribution les remplacent peu à peu. Leurs prochaines victimes: les réseaux de
distribution d'essence, c'est à dire les grands groupes pétroliers mondiaux. Car rien ne
leur fait peur: de 1975 à 1995, le nombre de points de vente est passé de 47500 à
18500 soit une perte de 30 000 stations service. A volume distribué égal, une station de
grande surface emploie 5 fois moins de personnel.
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 Vive
la république épicière !
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Effets sur la politique: Les
lois interdisant les pratiques de "facturation sans cause" (telles que les
remises de fin d'année ou les sommes colossales versées par des petits
patrons pour référencer leurs produits auprès des centrales d'achat) existent mais ne sont pas appliquées. Les gouvernements
créent une commission qui succède à un observatoire qui succède à un
rapport parlementaire: dans le concret, rien n'est fait pour empêcher
ces pratiques de pur racket.
Les produits des patrons qui ont
l'outrecuidance de la ramener devant la presse sont sauvagement dé-référencés, autrement
dit mis en faillite par l'oligopole.
Et aucune
presse (hormis le Conotron) n'osera jamais dénoncer ces phénomènes, trop attachée à
toucher les royalties de la pub dont la grande distribution veut bien
l'inonder. Vos journaux ne sont depuis longtemps plus que comme des supports
/ suppôts du marketing.
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Certains épiciers (Michel Edouard Leclerc) ont
reconnu également que des pratiques de pots-de-vin avaient été
systématiquement menées (le tarif pour l'autorisation d'ouverture
d'un hypermarché est de 3 millions d'?uros) pour arroser les
décideurs politiques à chaque fois qu'ils voulaient implanter un
centre commercial: "La vérité oblige à dire que près de la
moitié des grands ensembles commerciaux ont été soumis à ce
trafic" (La fronde des caddies 1994). Il
faudrait être bien naïf pour croire que ces pratiques ont disparu
parce qu'un des protagonistes a eu le cynisme (ou la démagogie, ou
les deux) de les reconnaître en public.
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Xavier RUGIENS
Carrefour: 26%, Lucie, centrale de Leclerc et SystèmeU: 23,8 % Opéra,
centrale de Casino, Cora, Franprix, LeaderPrice et Monoprix Prisunic: 15,7 % Intermarché:
14,4 % Auchan 12,9 % (LSA n° 1746 groupe Usine Nouvelle 22 novembre 2001)
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